Capteurs solaires à 98 °C, ballon froid : ce n’était pas le glycol
Une installation solaire thermique qui ne chargeait plus : on nous annonçait un glycol à remplacer. Deux chiffres lus à distance — 98 °C au capteur, 1 bar au manomètre — racontaient autre chose : un circuit vidé de sa réserve et rempli d’air. Le diagnostic, la remise en service, et ce que vous pouvez vérifier vous-même.
Le message était clair, et presque juste : « Problème sur le circuit des panneaux solaires thermiques, il faut remplacer le glycol. » Il venait d’une villa des hauts de Lausanne, équipée depuis des années d’une installation solaire pour l’eau chaude et l’appoint du chauffage. Un voisin avait eu le même souci quelques semaines plus tôt.
Le glycol, finalement, n’était pas le vrai problème. Il y avait surtout un circuit à moitié vide, plein d’air, et une réserve de fluide tombée à zéro. Voici comment on l’a lu — avant même de se déplacer — et ce que chaque propriétaire d’installation solaire peut vérifier lui-même.
Des capteurs brûlants, un ballon qui ne se réchauffe pas
Avant de proposer quoi que ce soit, nous avons posé des questions et demandé des photos. La réponse est arrivée le soir même, avec un indice précieux : dans la journée, un technicien de passage avait relevé 98 °C au capteur, alors que l’aller et le retour du circuit, au sous-sol, plafonnaient autour de 25 °C.
Ces deux chiffres suffisent à poser le diagnostic de principe. Quand le soleil chauffe les capteurs, la pompe doit emporter cette chaleur vers le serpentin, en bas du ballon. Si le capteur monte à près de 100 °C pendant que la tuyauterie reste tiède, le fluide ne circule pas. La chaleur reste sur le toit. C’est ce qu’on appelle la stagnation.

Attention à ne pas conclure trop vite dans l’autre sens : des photos prises le soir, où tout affiche la même température, ne prouvent rien. Une installation solaire se lit au soleil, jamais à 20 h.
Le chiffre qui dit tout : 1 bar, exactement le prégonflage
Le deuxième indice était sur le manomètre du groupe solaire : 1 bar à froid. Pris seul, ce chiffre ne dit pas grand-chose. Mais sur le vase d’expansion, à côté, quelqu’un avait écrit à la main la pression de prégonflage : 1,0 bar.
C’est là que tout se joue. Le vase contient une membrane : d’un côté de l’air sous pression, de l’autre le fluide du circuit. À froid, la pression de l’installation doit se trouver quelques dixièmes de bar au-dessus du prégonflage, pour que le vase garde du fluide en réserve — la valeur exacte dépend de la hauteur de l’installation et figure dans sa documentation. Quand la pression à froid est égale au prégonflage, le vase est vide côté fluide. Il n’y a plus de réserve. La nuit, le circuit refroidit, se contracte, la pression chute encore, et l’air trouve son chemin.
Ce qu’on a trouvé sur place
Le jour de l’intervention, le tableau s’est confirmé point par point : beaucoup d’air dans le circuit, une pression d’un bar, et un fluide dont la protection antigel, mesurée au réfractomètre, ne dépassait plus −5 à −6 °C. Aucun entretien n’avait été fait depuis 2018.
- Purge et circulation forcée. Avec un groupe de remplissage raccordé à la station, le fluide tourne en boucle à travers un bac où l’air s’échappe, jusqu’à ce qu’il n’en ressorte plus une bulle.En savoir plus →
- Appoint et remise en pression. Environ six litres de fluide prêt à l’emploi ajoutés, la pression remontée de 1 à 2 bar : le vase retrouve une réserve.En savoir plus →
- Mesurer, pas supposer. Antigel relu au réfractomètre après l’appoint, températures du capteur et du ballon relevées avant de partir : la chaleur doit descendre.En savoir plus →

Le résultat s’est vu dans l’heure. Plus d’air, une circulation franche, et le ballon qui recommence à charger : à notre départ, le capteur était à 54 °C et le bas du ballon à 40,5 °C, contre 24 °C à l’arrivée. Un écart normal, qui dit que la chaleur descend.

Pourquoi −10 °C ne suffit pas encore
Il reste un point, et c’est lui qui justifie qu’on ne dise pas « problème réglé ». Après l’appoint, la protection antigel est remontée à −10 °C. C’est mieux, mais trop juste pour des capteurs posés sur un toit lausannois, qui peuvent descendre bien plus bas qu’un thermomètre de jardin par nuit claire. On vise −20 à −25 °C.

Et on ne l’atteindra pas en rajoutant le même produit. Un fluide prêt à l’emploi est déjà dilué : mélangé à un fluide plus faible, il ne peut que rapprocher le tout de sa propre valeur, jamais la dépasser. Pour remonter la protection, il faut vidanger une partie du circuit et compléter avec du glycol concentré. C’est un second passage court, avant les premiers gels — annoncé par écrit le jour même, avec son prix.
« Avant la Suisse, j’ai passé sept ans dans le solaire thermique. Quand un client m’écrit « il faut changer le glycol », je ne le recopie pas sur un devis : je demande deux chiffres, la pression à froid et la température du capteur au soleil. Là, c’était 1 bar et 98 degrés. Ça, ce n’est pas un glycol usé, c’est un circuit qui a perdu son fluide et qui s’est rempli d’air. On purge, on remet en pression, on mesure l’antigel. Le glycol, on en reparle après — avec un chiffre. »
D’où partait le fluide ? Ce qu’on sait, et ce qu’on ne sait pas
Sous la soupape de sécurité, un flexible descend dans un bidon. C’est un témoin gratuit : si la soupape s’ouvre lors d’une surchauffe, le fluide s’y retrouve. Nous avons demandé au propriétaire de regarder. Le bidon était sec : la perte ne passait pas par là.
Restent deux pistes classiques, que nous n’avons pas tranchées : un purgeur automatique au point haut, resté ouvert, qui laisse partir de la vapeur à chaque épisode de stagnation ; ou un raccord qui suinte quelque part sur le parcours. Le prochain passage servira aussi à ça. Nous préférons l’écrire ainsi plutôt que d’inventer une cause.

Ce que vous pouvez vérifier vous-même
Une installation solaire thermique ne demande pas grand-chose, mais elle ne pardonne pas l’oubli. Trois lectures, sans outil, suffisent à savoir si elle va bien. Le petit test ci-dessous les reprend et vous dit quoi faire selon ce que vous voyez.
Auto-diagnostic : votre installation solaire charge-t-elle encore ?
Trois lectures que vous pouvez faire vous-même, sans rien ouvrir ni démonter. Le verdict vous dit quoi faire — et ce qu’il ne faut pas faire.
1. Un jour de plein soleil, vers midi, que montre le régulateur ?
2. Le manomètre du groupe solaire, le matin, installation froide :
3. Le dernier contrôle de l’antigel du fluide :
Dernier point, pour être complet : le régulateur de cette installation affichait aussi un message de circulation nocturne suspecte — le signe possible qu’un clapet ne retient plus et que le ballon se vide de sa chaleur vers les capteurs pendant la nuit. Nous l’avons noté pour le prochain passage. Une installation solaire, c’est un ensemble : le fluide, la pression, la pompe, les clapets et la régulation. Quand une pièce faiblit, c’est souvent tout le reste qui trinque.
Questions fréquentes
Pourquoi mes capteurs solaires sont-ils très chauds alors que le ballon reste froid ?
Faut-il remplacer le glycol d’une installation solaire, et quand ?
Quelle pression doit avoir un circuit solaire thermique ?
Peut-on compléter un circuit solaire avec de l’eau ?
Mon installation stagne en plein été : que dois-je faire ?
Les gestes de cet article, en fiches
Le détail pratique derrière le récit — cliquez sur une fiche.
Le prêt-à-l’emploi ne remonte jamais une protection
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En savoir plusLe bidon sous la soupape, un témoin gratuit
Plein, la soupape a craché. Sec, la perte est ailleurs. Il suffit de regarder.
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